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29/05/2009

La politique 2.0 à la française, révolution ou gadget ?

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Nathalie Kosciusko-Morizet est très active sur les réseaux sociaux (ici, Twitter)


Les réseaux sociaux sur internet, de type Facebook, semblent séduire les hommes politiques depuis quelques mois. La raison ? Barack Obama, et sa campagne web 2.0 très élaborée.  Mais aussi séduisante qu'elle puisse paraître, la politique 2.0 n'est pas adaptée à la culture politique française, rétive aux nouvelles technologies. (Article réalisé en mars dernier pour l'ESJ. Chiffres mis à jour)

« Laurent se détend devant Dr No », « Benoît enrage de ne pas avoir croisé la route d'ACDC hier soir ». Deux jeunes qui mettent à jour leurs statuts Facebook ? Pas tout à fait. Derrière Laurent et Benoît se cachent Laurent Wauquiez, secrétaire d'état à l'emploi, et Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste. Les politiques français se mettraient-ils au web ? « Facebook permet aux politiques de se créer une image jeune et branchée » explique Thierry Crouzet, auteur du Cinquième pouvoir, qui analyse comment Internet a changé la manière de faire de la politique.

Faut-il rappeler l'incroyable histoire de Facebook, site créé par des étudiants d'Harvard en 2004 pour communiquer entre eux et qui connecte depuis plus de 100 millions de personnes à travers le monde ? Après avoir séduit les étudiants et les jeunes adultes, le site commence à intéresser les politiques de tous bords. Nathalie Kosciusko Morizet, en charge de l'économie numérique au gouvernement, poste régulièrement des photos de ses déplacements officiels sur sa page. Ses amis y sont même invités à voter pour son meilleur portrait manga, réalisé par des dessinateurs japonais lors de son déplacement à Tokyo. Nicolas Sarkozy n'est pas en reste. Le président ne dispose pas de profil personnel, mais d'une page de supporters supervisée par Vincent Ducrey, en charge à 31 ans des intérêts du chef de l'état sur ce réseau. « Facebook est un formidable outil de socialisation, de mobilisation et d'information. Il n'y a pas mieux pour un homme politique » confiait-il au Figaro il y a un mois. Pas question cependant d'y mettre n'importe quoi. Vincent Ducrey veille à ce que la page reste « propre », sans insultes vis-à-vis du président.

Révolution 2.0 au Modem ?

L'explication de cet intérêt soudain pour le web ? Barack Obama. Le président américain a prouvé qu'on pouvait remporter une élection en mobilisant les outils Internet. Son équipe de campagne a mis au point un site de socialisation de type Facebook (my.barackobama.com) pour permettre aux militants de communiquer entre eux. Site créé par Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook... Informations de campagne (meetings, spots télévisés), mais surtout organisation d'équipes militantes regroupées par zones géographiques ou thèmes de campagne étaient au cœur du site. Les militants y retrouvaient des kits de campagne comprenant affiches, programmes, et listes de numéros pour faire du démarchage téléphonique. Ils n'étaient toutefois pas libres de faire n'importe quoi. Deux mille sept cents salariés et cinq milles bénévoles étaient chargés d'encadrer cette véritable armée de militants, avec le succès que l'on connaît.


De quoi aiguiser l'appétit des politiques français pour les prochaines échéances électorales. L'UMP a mandaté le cabinet Isobar pour créer un site similaire en vue des élections de 2012. Le Modem lui a déjà mis en place ses propres réseaux sociaux. Dévoilés la semaine dernière lors d'une conférence de presse à Paris, les sites Lesdémocrates.fr et forumdémocrate.fr présentent de fortes ressemblances avec my.barackobama.com. Le forum démocrate est un outil à destination d'une communauté d'adhérents, qui va trouver tous les outils nécessaires à son action de militant : son agenda, des infos sur l'unité locale à laquelle il appartient, la possibilité de communiquer avec les autres adhérents, etc. Quant aux démocrates.fr, c'est un simili Facebook où les internautes peuvent créer leur blog. « En une semaine, cinq cents profils ont été crées, et deux cents blogs mis en ligne », explique Nicolas Voisin, le responsable du site.


Révolution 2.0 au Modem ? « Un média social est fait pour changer la philosophie de la communication politique habituelle. Elle vise à projeter des messages descendants, depuis une autorité, jusqu'à des personnes intéressées. Le média social, c'est le contraire, on développe un réseau, une communauté, qui vient chercher des infos, des analyses, échanger avec d'autres, et apporter des idées », a souligné François Bayrou lors de la conférence. Une réflexion qui rappelle celle de Thierry Crouzet, qui a conseillé Bayrou en 2007 sur les stratégies web. « C'est une manière de faire exploser la structure pyramidale qui prévalait jusqu'alors entre les hommes politiques et les électeurs. Un personnage très connu peut ainsi devenir individuellement « ami » avec des milliers d'inconnus et mobiliser de nouveaux soutiens. C'est l'outil de buzz idéal. Mais s'ils oublient l'idée de pair à pair, elle risque vite de leur revenir dans la figure. Si un politicien peut informer son réseau, les membres du réseau peuvent informer le politicien, ils peuvent même exercer de terribles pressions sur lui. »

Une France prête techniquement, mais pas culturellement

Malgré quelques timides efforts, les politiques français sont encore clairement à la traîne. 6 308 085 supporters pour Barack Obama sur Facebook. 111 763 pour Nicolas Sarkozy, juste devant le gouverneur de Californie Arnold Schwarzeneger (68 126) mais loin derrière Sylvio Berlusconi (130 144). Et que dire face au score de Leonardo Farkas, milliardaire de 40 ans candidat aux élections présidentielles de 2010 au Chili, qui a rassemblé 310 855 supporters, ce qui fait de lui le cinquième homme politique le plus populaire sur Facebook ? La France est prête techniquement à la révolution web (34 millions d'internautes en décembre 2008, un foyer sur deux connecté à Internet), mais pas culturellement. « Les militants ne comprennent pas le web. Ils sont uniquement motivés par la possibilité de monter dans l'échelle du parti et d'y faire carrière. Les jeunes ont compris les enjeux, mais ils ne peuvent pas se faire entendre. Les partis sont sclérosés, et les pratiques sont anciennes, comme aller sur le marché, alors que des études ont prouvé que c'était inefficace ! », assène Fabrice Epelboin, responsable du site Read Write Web France, et consultant en stratégie web pour les entreprises. « C'est la même chose pour les partis. Les dirigeants, en place depuis vingt ans, ne comprennent pas eux non plus le web. Pour la plupart, ça reste du gadget. » Alors qu'il était mis à jour quasi quotidiennement lors de la campagne pour l'élection du premier secrétaire du Parti Socialiste, le profil Twitter (autre outil de socialisation) de Benoît Hamon a vu son rythme de publication bien ralenti ... avant de reprendre à l'approche des européennes. La politique 2.0 à la française est encore au stade embryonnaire.

Chloé Woitier et Roxane Pour Sadjadi

08/05/2009

France 2 et Twitter, ou la difficulté de parler de ce qu'on ne connaît pas

Hier soir, France 2 a diffusé un reportage sur Twitter. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est rempli d'approximations.

Je ne vais pas faire le catalogue des erreurs, il a été très bien fait sur cet autre blog. Cependant, on remarque que pour la troisième fois en quelques mois, France 2 s'illustre par des sujets "nouvelles technologies" pour le moins ... à côté de la plaque. (Pour rappel, les précédents s'appelent Dofus et Facebook). Cela n'a pas échappé à la twittosphere.

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Je ne vais cependant pas blâmer le journaliste. Etant moi-même dans le milieu (même si c'est encore du côté étudiant), je connais les contraintes inhérentes au format télé pouvant mener à de telles erreurs. En un seul mot : la durée. Durée du reportage, durée de l'enquête.

La durée du reportage d'abord. Un sujet télé fait généralement 1min30, parfois 2 minutes. Sachant qu'il contient généralement deux sonores (=interviews) d'une vingtaine de secondes chacune, cela laisse moins d'une minute de parole au journaliste. Allez expliquer le fonctionnement de Twitter, avec des exemples parlant, en aussi peu de temps ? Sans comptez que vous vous adressez au grand public, pour qui les mots "retwitter" ou "twitpic" ne veulent rien dire. Alors, oui, il faut simplifier, encore et encore. Et la simplification est le premier pas vers l'approximation, et finalement l'erreur.

Durée de l'enquête ensuite. Le plus souvent, les journalistes n'ont qu'une journée de travail pour préparer le sujet, le tourner, et le monter. Sachant que le tournage et le montage peuvent prendre à eux seuls une bonne demi-journée, voyez le temps qu'il reste à un journaliste pour s'informer sur un sujet qu'il ne maîtrise pas. Car oui, très souvent, dans les médias généralistes, les journalistes sont eux aussi des généralistes, qui peuvent aussi bien travailler sur un sujet de fait divers, que de culture ou d'économie. Et quand on n'a que peu de temps pour préparer un sujet, on va au plus simple : un coup de Wikipédia, un tour sur le web, et quelques idées reçues (ici, le rôle de Twitter lors des attentats de Bombay). Appeler un spécialiste ? C'est évidemment possible, mais il faut compter sur le fait qu'ils ne sont pas tous accessibles d'un simple coup de fil : déplacement, cours, réunions ... ou tout simplement le refus de répondre à un journaliste. Je vous épargne le "voyez ça avec le service communication, je ne peux pas vous répondre sans leur accord". Bref, là encore, manque de temps, donc rapidité, donc simplification, donc erreur. 

Ici, il est évident que l'on a laissé le journaliste seul face à son sujet, sinon de telles approximations ne seraient pas passées. Comme le dit Steven Jambot sur Twitter, il faut plutôt "taper sur l'absence de consultants médias dans la conception/validation du sujet".

Un bémol toutefois. France 2 a un Twitter plutôt bien fourni. Une petite visite chez les collègues responsables du tweet aurait été d'un grand secours !

Je suis évidemment énervée de voir un sujet nouvelle technologie traité de travers, et que le grand public va prendre pour argent comptant. Rien que ce matin, j'ai entendu en cours un prof dire "de toute façon Twitter c'est mort, 70% des gens qui vont dessus n'y reviennent pas". Je ne doute pas réentendre le même genre d'affirmations ailleurs. Néanmoins, ma petite expérience dans le journalisme me retient de lyncher le journaliste. Car je suis un peu le cul entre deux chaises, entre l'envie de crier "sale noob, tu racontes n'importe quoi !" et le besoin de défendre ma future profession.

Car, ce qui me désole le plus, c'est que ce genre d'affaire va encore porter l'opprobre sur ma future profession, qui n'en avait vraiment pas besoin. "On ne peut pas faire confiance aux journalistes, ils disent n'importe quoi" "s'ils se plantent sur Twitter, qu'est-ce que ça doit être sur la crise économique !" Je les entends déjà ...

 
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