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08/05/2009

France 2 et Twitter, ou la difficulté de parler de ce qu'on ne connaît pas

Hier soir, France 2 a diffusé un reportage sur Twitter. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est rempli d'approximations.

Je ne vais pas faire le catalogue des erreurs, il a été très bien fait sur cet autre blog. Cependant, on remarque que pour la troisième fois en quelques mois, France 2 s'illustre par des sujets "nouvelles technologies" pour le moins ... à côté de la plaque. (Pour rappel, les précédents s'appelent Dofus et Facebook). Cela n'a pas échappé à la twittosphere.

twitterfrance2.jpg

Je ne vais cependant pas blâmer le journaliste. Etant moi-même dans le milieu (même si c'est encore du côté étudiant), je connais les contraintes inhérentes au format télé pouvant mener à de telles erreurs. En un seul mot : la durée. Durée du reportage, durée de l'enquête.

La durée du reportage d'abord. Un sujet télé fait généralement 1min30, parfois 2 minutes. Sachant qu'il contient généralement deux sonores (=interviews) d'une vingtaine de secondes chacune, cela laisse moins d'une minute de parole au journaliste. Allez expliquer le fonctionnement de Twitter, avec des exemples parlant, en aussi peu de temps ? Sans comptez que vous vous adressez au grand public, pour qui les mots "retwitter" ou "twitpic" ne veulent rien dire. Alors, oui, il faut simplifier, encore et encore. Et la simplification est le premier pas vers l'approximation, et finalement l'erreur.

Durée de l'enquête ensuite. Le plus souvent, les journalistes n'ont qu'une journée de travail pour préparer le sujet, le tourner, et le monter. Sachant que le tournage et le montage peuvent prendre à eux seuls une bonne demi-journée, voyez le temps qu'il reste à un journaliste pour s'informer sur un sujet qu'il ne maîtrise pas. Car oui, très souvent, dans les médias généralistes, les journalistes sont eux aussi des généralistes, qui peuvent aussi bien travailler sur un sujet de fait divers, que de culture ou d'économie. Et quand on n'a que peu de temps pour préparer un sujet, on va au plus simple : un coup de Wikipédia, un tour sur le web, et quelques idées reçues (ici, le rôle de Twitter lors des attentats de Bombay). Appeler un spécialiste ? C'est évidemment possible, mais il faut compter sur le fait qu'ils ne sont pas tous accessibles d'un simple coup de fil : déplacement, cours, réunions ... ou tout simplement le refus de répondre à un journaliste. Je vous épargne le "voyez ça avec le service communication, je ne peux pas vous répondre sans leur accord". Bref, là encore, manque de temps, donc rapidité, donc simplification, donc erreur. 

Ici, il est évident que l'on a laissé le journaliste seul face à son sujet, sinon de telles approximations ne seraient pas passées. Comme le dit Steven Jambot sur Twitter, il faut plutôt "taper sur l'absence de consultants médias dans la conception/validation du sujet".

Un bémol toutefois. France 2 a un Twitter plutôt bien fourni. Une petite visite chez les collègues responsables du tweet aurait été d'un grand secours !

Je suis évidemment énervée de voir un sujet nouvelle technologie traité de travers, et que le grand public va prendre pour argent comptant. Rien que ce matin, j'ai entendu en cours un prof dire "de toute façon Twitter c'est mort, 70% des gens qui vont dessus n'y reviennent pas". Je ne doute pas réentendre le même genre d'affirmations ailleurs. Néanmoins, ma petite expérience dans le journalisme me retient de lyncher le journaliste. Car je suis un peu le cul entre deux chaises, entre l'envie de crier "sale noob, tu racontes n'importe quoi !" et le besoin de défendre ma future profession.

Car, ce qui me désole le plus, c'est que ce genre d'affaire va encore porter l'opprobre sur ma future profession, qui n'en avait vraiment pas besoin. "On ne peut pas faire confiance aux journalistes, ils disent n'importe quoi" "s'ils se plantent sur Twitter, qu'est-ce que ça doit être sur la crise économique !" Je les entends déjà ...

25/01/2009

Les jeux en ligne, nouvelle cible des médias

A l'heure de la DS, des personnes âgées qui jouent à Wii Sport en maison de retraite, ou du créateur de Mario (Shigeru Miyamoto) décoré Chevalier des Arts et des Lettres par le ministre de la Culture, on aurait pu penser que la pratique des jeux vidéo était entrée dans les moeurs, surtout au sein des médias. Quelle naïveté ! Pas plus tard que le week end dernier, le journal de France 2 a consacré un sujet sur l'addiction aux jeux en ligne, et les factures salées que cela pourrait engendrer.

Ce sujet est rempli d'erreurs et de clichés sur le jeu en ligne Dofus, développé par le studio français Ankama. Le site Arrêt sur Images (dont je vous recommande l'abonnement) a démonté l'argumentation de la journaliste. Puisque le site est en accès payant, je vous en résume les principaux points.

1) Pour progresser, il faut appeler un Audiotel surtaxé

Faux, le service Audiotel permet d'obtenir un code de connexion valable une semaine si on ne dispose pas de carte bleue, ou si on ne souhaite pas s'engager sur un mois. Il ne permet en aucun cas de progresser dans le jeu.

2) Le jeu revient à 27,50€ par mois

original.10985.demi.pngCertainement l'erreur la plus flagrante du sujet. Le jeu coûte 27,50€ pour 6 mois, soit moins de 5€ par mois. Dommage, quand la journaliste fait son commentaire, l'image du prix apparaît clairement à l'écran ...

 

 

 

3) Des factures de téléphone astronomiques

La journaliste montre à l'écran une facture dont le montant Audiotel s'élève à plus de 90€. Or, comme on l'a vu précédement, Dofus n'exige pas d'appeler des numéros surtaxés pour progresser dans le jeu. Alors, d'où vient cette facture ? Accrochez-vous les enfants, ça va être violent.

"Que faisaient donc les deux enfants du reportage pour obtenir ces factures astronomiques ? Impossible de le savoir. Et pour cause : les factures présentées dans le reportage ne sont pas celle de la famille du petit Léonard ! C'est la journaliste Marie-Pierre Samitier qui l'a précisé à @si, sans donner davantage d'indications sur leur origine. "Je n'ai pas dit dans le sujet que les factures étaient celles de la famille", se justifie-t-elle. Mais le plan où la mère de famille feuillette ses factures France Telecom, associé aux sommes surlignées sur des factures quelques secondes après, a de quoi créer la confusion."

On ne peut qu'hurler face à ce montage malhonnête, qui fait croire que la facture à l'écran est celle de la famille. Après on s'étonne que le public pense que les médias racontent n'importe quoi ... En tant qu'étudiante en journalisme, ça fait peur ...

Une explication possible pour les factures : certains joueurs échangent des codes de connexion contre des objets de valeur dans le jeu. Ce troc est interdit par les développeurs de Dofus, mais certains s'y adonnent. Dès lors, des joueurs peuvent abuser du service audiotel pour ensuite échanger les précieux codes contre d'autres précieux objets. Une pratique marginale, mais à l'origine d'une fronde des médias contre Dofus. Voyez à ce sujet l'article, lui aussi honteux, de Bakchich.

4) Les jeux en ligne, cette menace pour nos petites têtes blondes

Quelle est l'argumentation derrière le reportage de France 2 et celui de Bakchich ? Outre le danger pour le portefeuille des parents, ces jeux ne seraient pas sains pour les enfants. Réécoutez la dernière phrase du reportage : "des jeux qui se font au détriment du sport, ou de l'école, et qui se transmettent, tels des virus, entre copains". Des virus, donc. Un mot qui n'est pas choisi au hasard. Le virus est forcément mauvais, et se transmet par contagion. Bientôt, des hordes de gamins drogués au jeu en ligne ! "C'est comme ça qu'on a contaminé toute l'école". Tous aux abris !

Autre menace : on ne voit pas le temps passer. Le petit Léonard, au début du sujet, explique : "quand je joue une heure, j'ai l'impression d'avoir joué 10 minutes". Mon dieu, le psy le dit, c'est un loisir chronophage ! Comme peut l'être, je sais pas, un bon bouquin ? Une chouette partie de foot entre copains ? Un jeu de société amusant ? Un bon film ? L'écriture d'une nouvelle ? La peinture ? Le tricot ? La définition même d'un loisir n'est-elle pas de faire passer le temps beaucoup trop vite ? On s'amuse, donc on ne voit pas le temps filer ...

"Les enfants jouent depuis deux ans. Leur maman a dû imposer des limites". Juste comme ça, c'est pas le rôle des parents, d'imposer des limites ? "C'est une drogue, ils ne savent pas s'autogérer, ça crée des disputes (...) c'est vrai que je les ai autorisés au début, que je leur ai fourni l'ordinateur, donc je ne peux m'en prendre qu'à moi". Hop, une petite louche de culpabilisation ! Parents, si vous ne voulez pas que vos enfants deviennent des drogués oubliant le temps qui passe et qui pompent votre compte en banque, une seule solution, interdisez les jeux !

Résumons. Dofus (et les jeux en ligne en général) est une arnaque commerciale, rend vos enfants drogués, les empêchent de pratiquer des loisirs sains, et en plus ils ne font plus leurs devoirs. Je suis étonnée qu'on ne parle pas des mauvaises rencontres qu'on peut y faire (gentilnain44 est en fait un pédophile belge de 60 ans), de l'apologie du satanisme/suicide/fascisme, et autre "mon fils n'a plus de vie, et en plus il me frappe".

Ca ne vous rappelle pas quelque chose ? Allez, un petit effort. Le rock, cette musique satanique, dans les années 50-60 ? Les jeux de rôle sur plateau ? Les dessins animés japonais au Club Dorothée (apologie de la violence !) ? Les jeux vidéo (épilepsie, violence, chronophage, déconnexion avec le réel) ? Et depuis, le rock, c'est cool, voir le dernier Miyazaki au cinéma, le comble du boboïsme (Télérama adore), et avoir une Wii, un indispensable aux soirées parisiennes ...

Petite devinette : si la télé frappe autant sur Internet et les jeux vidéo, ça ne serait pas parce que pendant qu'on surfe/joue, on ne regarde pas la télé ? 

 
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